Ma boussole : le devoir de vérité pour préserver ce qu’il reste de nos démocraties illusoires
Khadija Toufik










Journaliste indépendante spécialisée dans la couverture des zones de guerre.
Je propose des reportages, des photographies, des vidéos et des contenus écrits destinés aux médias français et internationaux, ainsi qu’à des plateformes numériques telles que les réseaux sociaux.
Ma boussole : le devoir de vérité pour préserver ce qu’il reste de nos démocraties illusoires
Khadija Toufik
Diplômée de l’Institut Pratique du Journalisme IPJ Paris-Dauphine en 2021, et juste après avoir achevé mon alternance à France Télévisions j’ai décidé de travailler principalement en Palestine (Cisjordanie occupée) où je documente les réalités humaines, politiques et sociales. Intriguée par la compréhension des dynamiques de conflit et d’occupation, je porte un intérêt particulier aux régions périlleuses du proche et du moyen-orient, ainsi qu’à certaines zones hostiles en Afrique.
À travers mon travail de terrain, je m’attache à raconter avec précision, humanité et rigueur journalistique les histoires souvent invisibles des populations qui vivent le nettoyage ethnique, la guerre et le génocide au quotidien. C’est aussi une manière de résister face à l’obscurantisme des systèmes gouvernementaux et d’affirmer son refus de rester silencieuse face aux injustices et à la destruction des vies humaines.
Mon travail repose sur une vision précise du métier : être au plus près des peuples opprimés, leur offrir un espace pour exister, pour raconter.
Ma méthodologie s’appuie sur plusieurs principes :
– l’immersion totale sur le terrain, au rythme des populations locales
– l’écoute intime et patiente de celles et ceux dont la parole est systématiquement marginalisée
– la vérification rigoureuse des faits, malgré les contraintes extrêmes des zones de guerre et les propagandes étatiques
– le respect absolu de la dignité humaine, même au cœur du chaos
– et la conviction profonde que le reportage n’a de valeur que s’il éclaire le réel
À travers mes reportages, j’essaie de raconter les histoires invisibles, les quotidiens brisés, mais aussi les forces incroyables qui subsistent malgré les génocides, l’exil, la peur et la domination. Mon travail est guidé par une seule boussole : le devoir de vérité pour préserver ce qu’il reste de nos démocraties illusoires.
J’ai grandi dans une cité reculée de Toulouse, Empalot, dont je suis aujourd’hui fière de prononcer le nom.
Là-bas, je n’ai jamais rencontré de journalistes. À la télévision, les toutologues passaient leur temps à parler des cités sans jamais y mettre les pieds, en ne montrant que l’obscurité : drogue, deal, règlements de compte… comme s’il n’existait que cela. Comme si nous n’étions que cela.
Voir les habitants de ma cité réduits à de vulgaires caricatures m’a profondément blessée. Nous étions traités comme une masse indistincte, jamais comme des êtres humains avec des histoires, des nuances, des rêves. Je me suis jurée qu’un jour, moi aussi, je deviendrais journaliste pour raconter ces voix inaudibles, marginalisées, dont les récits méritent pourtant l’intérêt collectif.
J’ai toujours eu cette idée en tête de devenir journaliste, mais comment ? Personne de mon entourage ne faisait ce métier. Comment atteindre un métier réservé à une élite et dont le milieu se léthargie face à la montée du racisme, de l’islamophobie, de l’antisémitisme et qui se bollorise ? À la télévision, les seules femmes journalistes que je voyais étaient blondes. Je ne voyais aucune journaliste qui me ressemble, qui nous ressemble.
Alors j’ai emprunté d’autres chemins, espérant qu’un jour ils me mèneraient vers le métier de grand reporter.
J’ai étudié le commerce international.
J’ai travaillé dans la restauration à Londres.
J’ai nettoyé des toilettes dégoûtantes.
J’ai été nounou, femme de ménage.
J’ai connu la rue, le manque d’argent, les loyers impossibles, et surtout la faim.
Avec le recul, je crois que ces années de galère m’ont forgée. Elles m’ont préparée à devenir une journaliste qui connaît peu ou prou la vie, la vraie. J’ai traversé et côtoyé toutes les classes sociales :
des milieux bourgeois les plus élitistes, aux habitants des cités, jusqu’aux populations en détresse dans les pays ravagés par la guerre, le colonialisme et les génocides.
Finalement, être née et avoir grandi dans une cité est la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie. J’ai « commencé d’en bas pour aller en haut », si l’on en croit les diktats de notre société. Je suis partie de rien. Toutes ces années de blizzards m’ont permis de construire une compréhension profonde, humaine et sensible du monde.
C’est cette expérience-là qui me permet aujourd’hui d’aborder et de raconter des sujets sans céder aux stéréotypes. Parce qu’un bon journaliste, je crois, est quelqu’un qui s’efforce d’être le reflet de la vérité et au plus près des vies des autres, sans céder aux excès des milliardaires qui détiennent aujourd’hui la grande majorité des médias à des fins politiques.
La profession a besoin de journalistes comme nous : racisé·e·s, issu·e·s de divers horizons, de la cité ou de la campagne, pour raconter la vie.
Issu·e·s de cette génération postcoloniale pour raconter la vie des colonisés aujourd’hui.
Je suis fière de ne pas être devenue journaliste par reproduction sociale.
Je suis devenue journaliste par conviction, par vécu, par nécessité. Par devoir de vérité.
S’il y a une photo qui me touche tout particulièrement, c’est celle que j’ai prise en mai 2024 de la petite Rahaf Tawalba, dix ans.
Même le grand nounours rouge de Rahaf, ce qu’il lui restait de son enfance, de son innocence, avait été égorgé, lacéré à coups de couteau.

Son père avait été assassiné le 21 mai 2024 dans le camp de réfugiés de Jénine par un sniper israélien alors qu’il tentait simplement de rentrer chez lui. Leur maison familiale, transformée en base militaire par des soldats israéliens, avait été sauvagement vandalisée : télévision, canapé, frigo, murs, fenêtres… tout avait été détruit.
Dans ce chaos, Rahaf se tenait droite, avec une dignité qui dépassait son âge.
Elle se tenait là, forte, bouleversée, souriante, anéantie et résiliante, avec ce visage d’une douceur infinie qui contrastait violemment avec l’horreur qu’elle venait de vivre.
Cette photo de Rahaf et de son nounours égorgé est le symbole de la résilience des enfants palestiniens, des enfants qui traversent la cruauté la plus absolue dans l’indifférence presque totale des médias mainstream.
© Copyright 2026 - Khadija Toufik